Erosion des falaises de flysch de la côte Basque française de Socoa à Urrugne : taux et mécanismes
- Type de publi. : Communication dans un congrès
- Date de publi. : 25/06/2024
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Auteurs :
Thomas DewezClara LévyLucie GuillenChristophe GarnierSéverine CaritgPierre BourbonPhilippe RazinYannick Thiery
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Organismes :
Bureau de Recherches Géologiques et Minières
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Bureau de Recherches Géologiques et Minières
Laboratoire des Sciences de l'Ingénieur Appliquées à la Mécanique et au génie Electrique
Bureau de Recherches Géologiques et Minières
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Bureau de Recherches Géologiques et Minières
École Nationale Supérieure en Environnement, Géoressources et Ingénierie du Développement Durable
Bureau de Recherches Géologiques et Minières
Résumé : Les falaises de flysch de la côte basque représentent un type remarquable de côte en France. Sur 3,5 km de falaise au Sud-Ouest de la Baie de Saint Jean de Luz, les flyschs d’âge Crétacé supérieur plongent à environ 40-45° (vers N340°E) avec une stratification parallèle à la côte. Le flysch est formé d'un empilement de dépôts turbiditiques carbonatés, chacun composé de bancs (termes) de granulométrie distincte. Les surfaces de contact entre termes sont souvent franches et mécaniquement nettes. Les bancs sont d’épaisseur centimétrique à décimétrique, rarement plus que le mètre. La stratification est la première famille de discontinuités découpant le massif. Sur ce linéaire, le flysch a été déformé après dépôt par des failles inverses presque conformes à la stratification et des failles normales transverses à la stratification lors de la compression pyrénéenne. Des diaclases orthogonales développées perpendiculairement à la stratification découpent les bancs en blocs unitaires. L’espacement des diaclases s’accroît avec l’épaisseur des bancs, mais il diminue lorsque la rigidité des couches augmente. Pour comprendre comment cette configuration géologique pourrait affecter l’exposition des propriétés et de la RD912 au recul de la falaise, le projet FEDER EZPONDA (2019-2022) coordonné par la communauté d’agglomération du Pays Basque, a permis d’acquérir six campagnes par drone. Celles-ci ont suivi la topographie d'une linéaire d'environ 1 650 m de côte (69 048 m² de falaise) par lidar et par photogrammétrie. Sur cette zone, 2 964 m3 de roche ont été érodés en 1209 jours, du 19 juin 2019 au 11 octobre 2022. Les zones érodées de plus de 1 m² et de plus de 0,10 m d’épaisseur forment 199 instabilités, mobilisant une épaisseur moyenne de roche de 0,59 ± 0,38 m. Le taux d'érosion moyen annuel atteint 13 mm/an. Le recul planimétrique maximal observé, tenant compte du pendage, est de 4,28 m, mais 97,5% des reculs n’ont pas excédé 1,47 m. Les mécanismes de déstabilisation ont mobilisé (i) des blocs individuels en chute verticale ou en échappement latéral le long de diaclases d’orientation favorable, (ii) des portions ou des dalles entières en glissement banc sur banc le long des plans de stratification, et (iii) un glissement sur dièdre là où la stratification était recoupée par des failles normales. Dans tous les cas, le départ de matériaux s’est produit parce qu’il existait un espace d'accommodation préalable en pied de versant. Cet espace peut occasionnellement être créé par un phénomène de flambement, si la mer exerce une pression à l’arrière de la dalle frontale via une cavité creusée dans les bancs les plus tendres (termes terminaux des turbidites plus riches en argile et débit en fines plaquettes centimétriques).Un stock d’éboulements latents a été calculé au-dessus des plans de stratification les plus profonds exposés en pied de falaise : 72 333 m3 de roche possédaient un pied de versant sous-cavé au 19 juin 2019, soit une lame de roche de 1,04 m rapportée sur la surface totale de la falaise. Seuls ~4% (0,043 m) ont été érodés pendant les trois années d’observation. 31% du linéaire (soit un mètre sur trois) est concerné par ces masses en attente de déstabilisation, sans qu’il y ait de zone moins exposée. Les déstabilisations observées entre 2019 et 2022 se sont toutes produites sur, ou propagées à partir de, ces zones sous-cavées.Ces observations, mesures et modèle conceptuel d’évolution issus du projet EZPONDA contribueront à réévaluer l’aléa pesant sur la RD912 joignant Ciboure à Hendaye par la côte.
Fichiers liés :
Dewez_etal_JNGCGC_2024_Anglet_ErosionFalaisesFlyschCoteBasque.pdf
Source